L’échappée – Épisode 2 : Le lien

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[Dans le premier épisode, une certaine Sana sonne à la porte de l’appartement de Zoé en pleine nuit, alors que la ville de Paris est en quarantaine. Souhaitant prendre l’air, Zoé monte sur le toit de l’immeuble. Rapidement rejointe par Sana, une discussion étrange s’engage.]

− Tu as écrit ce livre ?

− Oui, pour la deuxième fois, j’ai bien écrit ce livre.

Sana hocha la tête satisfaite.

− C’est parfait. Et donc tu es… ?

− Tu veux savoir quel est mon travail ?, demanda Zoé.

− Oui.

− Je suis archéologue. J’imaginais que comme mon bouquin traitait d’archéologie, tu l’aurais plus ou moins deviné.

Sana s’empourpra en acquiesçant.  Zoé se rendit compte que sa réponse avait été très sèche.

− Pardon.

− Non, tu as raison, je te pose plein de questions et je ne t’ai toujours pas dit pourquoi je suis là.

Dans la rue, six étages plus bas, une voiture passa lentement. Une patrouille. Sana prit une longue inspiration avant de reprendre :

− Je m’appelle Sana Julien. Je suis professeure à la Sorbonne.

− Professeure ? Je te donnais la vingtaine à tout casser…

− C’est flatteur, répondit Sana. J’ai 35 ans. J’ai bouclé un doctorat assez jeune, et j’enseigne depuis quelques années. Si j’ai bien compris, ton livre est basé sur tes travaux de thèse.

− Pas seulement basé, corrigea Zoé. C’est ma thèse, de A à Z. Mon directeur a décidé de la faire publier.

− Et l’idée centrale de ton ouvrage, si j’ai bien compris, c’est que les crises auxquelles ont été confrontées toutes les civilisations du passé ont des points communs.

− C’est résumé un peu grossièrement mais oui, c’est ça. Il y a des éléments déclencheurs, que j’appelle détonateurs – souvent de petits événements qui auraient pu être sans importance si le contexte général n’était pas déjà lui-même au bord de la crise.

− C’est la théorie de l’Archiduc François Ferdinand.

− Si on veut.

Sana s’apprêta à dire quelque chose puis se ravisa. Un avion passa dans le ciel et s’éloigna lentement vers l’horizon.

− On n’en voit plus souvent, marmonna Zoé.

− Tes spécialités, reprit Sana sans relever la remarque de Zoé, l’archéologie et l’Histoire, je ne les connais pas bien. Pour ma part je suis professeure mais aussi chercheuse. Et ma spécialité, à moi, c’est ça.

Elle sortit un objet de sa poche et le montra à Zoé en souriant.

− Ta spécialité c’est… les téléphones Samsung ?

− Hein ? Non ! C’est tout ce qui est électronique, mais surtout ce qui se cache à l’intérieur : la programmation.

Sana se leva d’un bond, comme si elle avait oublié qu’elles se trouvaient sur le toit d’un immeuble de six étages, et se mit à faire les cent pas tout en poursuivant :

− Mais pas de la programmation classique ! Je n’apprends pas à mes étudiants à fabriquer des sites web, à créer des jeux vidéo ou des programmes informatiques, non ! Nous travaillons sur des projets beaucoup plus ambitieux…

Elle revint près de Zoé et s’accroupit.

− Je suis spécialisée en programmation quantique.

− Quantique ?

− Oui, quantique. Je ne vais pas aller trop les détails tout de suite, mais as-tu quelques notions ?

−Non, avoua Zoé.

− La physique quantique nous libère de pas mal de contraintes physiques classiques. Tu connais Albert Einstein, j’imagine ?

Zoé de répondit pas et leva les yeux au ciel.

− Bien, reprit Sana. Selon les théories de la relativité, la vitesse de la lumière constitue une limite indépassable. Rien ne peut aller plus vite, c’est une constante, un pilier de notre univers. Tout ce qui est autour de nous, toutes les informations que tu reçois et que tu perçois… Le vent qui souffle sur ton visage, le phare de la tour Eiffel qui éclaire la ville… Tout est censé respecter cette règle.

Elle se redressa, et se tourna vers Montmartre.

− Et bien certaines propriétés de la physique quantique la remettent en question.

Zoé bailla. Elle ne savait pas comment dire poliment que la physique quantique, à deux heures et demi du matin, elle s’en fichait ; qu’elle ne savait toujours pas pourquoi elle écoutait cette inconnue qui lui parlait de sujets qu’elle ne comprenait pas – en vérité, elle aurait pu largement les comprendre, mais elle n’essayait pas. Ces semaines de confinement l’avaient épuisée. Elle n’avait pas tenu de conversation aussi longue avec une personne en chair et en os depuis le début de la crise. Skype, le téléphone, Messenger et Whatsapp demandaient un investissement émotionnel moindre : dans le meilleur des cas, on avait le son et l’image, mais le plus souvent c’étaient des messages écrits. On pouvait y répondre en sous-vêtements, en se curant le nez et en chantant du Patrick Sébastien, la conversation restait fluide. Ce soir-là, en revanche, même dans la pénombre du toit, il fallait se tenir. Un effort particulièrement éprouvant à cette heure avancée. Sana ne se rendit pas compte de l’instant de flottement de son interlocutrice, et poursuivit :

− Dans certaines conditions, on sait qu’il est possible de modifier l’état d’une particule élémentaire – par exemple d’un photon – et que cette modification… affecte un autre photon ! Même s’ils sont à des kilomètres de distance l’un de l’autre ! Tu imagines un peu ? Admettons qu’on détruise ce photon. Et bien l’autre photon, même à l’autre bout de la planète, pourrait être détruit au même moment. Tu sais ce que ça signifie ?

Zoé, malgré elle, commençait à prêter attention à Sana.

− Que… Que l’on peut envoyer de l’information instantanément ?

− Oui, déjà. Mais ça va plus loin que ça.

La professeure ménageait son suspens. Elle laissa Zoé se creuser la tête. Voyant que la jeune femme séchait, elle déclara :

− Que tout est connecté.

Elle sourit, satisfaite. Zoé soupira de fatigue. Elle ne savait pas quoi faire de cette information. Un chat au pelage fournit passa près d’elles sans même leur accorder un regard. Il sauta agilement sur le rebord d’une cheminée, s’étira, puis s’allongea en repliant les pattes sous son corps.

− Tu comprends où je veux en venir ?, demanda Sana.

− Pas du tout, et je commence à avoir froid.

La jeune archéologue secoua son thermos. Il était vide. Sana ne se démonta pas.

− Dans ton livre, quand tu analyses les crises du passé, tu ne te contentes pas de faire une comparaison entre les différents contextes. Tu utilises des éléments matériels à ta disposition – architecture, art, science – et tu y trouves des points communs. Tu vas même jusqu’à comparer la disparition de Neandertal avec la Première Guerre Mondiale !

− Oui, ça m’a causé pas mal de problème, concéda Zoé avec amertume.

− Tu as mené des études sur le terrain, tu as analysé des centaines et des centaines de cas, et engrangé une quantité de données… phénoménale. Ton livre aurait pu révolutionner notre façon de penser et pourtant…

− Pourtant, on m’a dit que ma pensée était « trop disruptive » et que « les process n’étaient pas clairs », merci la start-up nation. Je pense que le plus gros problème de mon travail, c’est ce qu’il sous-entend : qu’en somme, toute l’Histoire est jalonnée de crises – guerres, épidémies, crash boursiers – et qu’on peut toutes les expliquer en utilisant une grille d’analyse toute simple. Et comme en appliquant cette grille, toutes les crises se ressemblent, on m’a taxée de déterministe. Ce qui est fou c’est qu’ils oublient l’essentiel de ce travail : la conclusion.

Sana acquiesça, sortit une petite lampe de poche et éclaira le livre. Elle tourna rapidement les pages, s’arrêta sur l’une d’entre elle, chercha la ligne du doigt, et lut à haute voix :

− « En somme, ce que ce travail apporte est moins une grille explicative qu’une interrogation profonde sur la nature des crises futures. Nous avons trouvé des éléments communs, nous avons déterminé ce qui explique que les guerres et les épidémies d’hier ne sont finalement pas si différentes les unes des autres. Nous avons même pu prouver qu’il existe une cyclicité temporelle, régulière, dans ces événements tragiques. Mais il nous manque l’essentiel, il nous manque…

− …le vecteur », compléta Zoé de mémoire. « Le vecteur qui relie tous ces événements, pourtant à des décennies les uns des autres. Est-ce une force ? Une énergie ? Un mécanisme ? Et, surtout, comment faire de ce vecteur…

− …notre allié pour les crises futures », conclut Sana.

Elle referma le livre, satisfaite. Zoé frissonna. Les cloches de l’église de Jules Joffrin sonnèrent trois heures.

− Tu vois désormais à quel point ton travail et le mien se ressemblent ? Les physiciens quantiques ont démontré qu’un photon A et B peuvent être intriqués. Nous autres, programmeurs quantiques, avons développé des ordinateurs quantiques capables de… de choses formidables… Je te montrerai. Et toi, Zoé Chenant, tu as bâti une théorie qui relie tous les événements de l’Histoire de l’Humanité.

− Qui pourrait relier. D’abord, je n’ai trouvé que des éléments qui permettent de penser qu’il y a un lien. Et encore une fois, je n’ai pas trouvé le plus important.

− Le lien.

Zoé hocha la tête, dépitée. Depuis la publication des résultats de ses travaux, elle avait passé des mois à le chercher, ce lien, à essayer de comprendre ce qui connectait toutes les plus grandes crises passées. Peut être plus que les crises, d’ailleurs, mais les crises avaient généralement un tel impact sur le cours de l’Histoire qu’elles facilitaient la lecture. Un peu comme des supernovas, extrêmement brillantes, et donc plus faciles à étudier. Pour l’instant, son travail ne donnait rien, et elle se sentait inutile face à la pandémie en cours. Sana, se rassit en conservant une distance d’un mètre.

− Zoé, je te propose de t’aider à trouver le lien.

La jeune femme se tourna vers la professeure.

− Comment ?

− J’ai une équipe qui travaille activement sur la question de l’intrication quantique. Nous avons fait des découvertes intéressantes. Je te propose de nous rejoindre.

− Pourquoi pas… Mais ça devra attendre la fin du confinement, j’imagine.

− Non, nous pouvons partir dès maintenant.

− Hein ?!, s’exclama de surprise Zoé. Et les patrouilles ? Le couvre-feu ? Le virus ?

Sana se leva et fit jouer les articulations de son cou. Le chat ouvrit un œil, méfiant.

− Nous avons l’opportunité de trouver l’élément manquant de notre équation, Zoé. Pas n’importe quelle équation : celle qui va nous permettre de reprendre en main notre avenir. De nous extirper du cycle des crises. De sortir à nouveau dans la rue. De nous échapper.

Elle avança en direction de la trappe.

− Es-tu des nôtres ?

_____________

[Information : à partir de maintenant, les options avec un « (P) » signifient que vous ne prenez pas de décision tranchée. Vous laissez au personnage une vraie marge de manœuvre : Zoé prendra sa propre décision. Concrètement, ça signifie que je n’explore pas les pistes que j’avais en tête pour l’épisode prochain, et que vous me demandez de partir sur une intrigue que je n’avais moi-même pas prévu]

Cette décision, comme toutes celles que vous prenez, est importante. Mettons-nous à la place de Zoé. Son choix aura un impact tout au long de l’histoire. Que doit-elle faire ?

1- Accepter de rejoindre le laboratoire de recherche de la Sorbonne, et y aller tout de suite. Il ne faut pas perdre de temps.

2- Accepter de rejoindre le laboratoire de recherche de la Sorbonne, mais repasser chez elle pour se changer et emporter quelques affaires dans son sac à dos.

3- Questionner davantage Sana avant de prendre une décision. Cette aventure est risquée (P).

4- Refuser.

Sondage fermé, la partie 3 c’est par ici.

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